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LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : SUJET TECHNIQUE OU MARKETING ?... Par Gianni Trioli

La seconde édition de la Conférence Internationale sur les Changements Climatiques et le Vin, conférence qui avait suscité beaucoup d’intérêt en 2006, a été annoncée depuis quelques semaines. Cette seconde édition verra comme invité spécial l’ex-vice président américain Al Gore, très engagé actuellement dans une campagne de sensibilisation. Depuis un certain temps, Infowine suit avec un grand intérêt ce thème du changement climatique, auquel nous avons consacré divers articles et éditoriaux, en plus d’être les partenaires de cette conférence qui aura prochainement lieu à Barcelone, en février 2008. Le commentaire d’une lectrice française à mon précédent éditorial (« Changement climatique : le vrai danger provient de la variabilité ») m’a incité à me lancer dans une nouvelle réflexion sur le thème du changement climatique. Notre lectrice, une productrice du Nord de la France, a exprimé une position assez critique et sceptique, en soutenant la thèse selon laquelle les alarmes tirées autour du problème climatique sont exagérées et que la Communauté Scientifique justifie ainsi son utilité et se donne plus de visibilité. A mon avis, les données scientifiques, bien que ne démontrant peut-être pas complètement l’existence du problème, paraissent largement suffisantes pour justifier une réflexion. Toutefois, je respecte non seulement le scepticisme de notre lectrice, qu’Infowine remercie pour son intervention, mais j’ai en plus pu personnellement observer que cette position est largement répandue chez les producteurs, mais également au sein d’une bonne partie de la Communauté Scientifique de la filière viti-vinicole. Pour résumer, leurs thèses rejoignent l’idée selon laquelle les anomalies que nous observons actuellement pourraient être des exceptions à long terme, typiques du système climatique terrestre, mais que nous n’arrivons pas à expliquer comme tels puisque cela ne fait que quelques siècles que nous avons des données précises sur ces paramètres climatiques. Personnellement, je pense que nous n’aurons de preuves que lorsqu’il sera trop tard pour réagir. En conséquence, selon moi, cela vaut la peine de se pencher sur de nouvelles stratégies viticoles et œnologiques. Mais j’aimerais surtout poser aujourd’hui le problème d’un point de vue marketing, et non technico-scientifique. La question que je me pose est celle-ci : dans un futur proche, le consommateur considèrera t-il le facteur écologique comme l’un des principaux paramètres pour choisir son vin, en attribuant à l’ « Earth-friendly » une importance semblable à celle actuellement accordée au prix, à la variété, à l’origine… ? Je suis convaincu que ce sera le cas pour le segment des consommateurs habituels, pas particulièrement experts ou passionnés, qui achètent leur vin en supermarché, et consomment la plus grande partie du volume produit dans notre secteur. Les média bombardent les populations d’informations sur le climat. A la télévision, dans les journaux, tout évènement climatique exceptionnel, comme une sécheresse ou une inondation, suffit à répandre des exclamations catastrophiques, qui dans de nombreux cas sont sûrement excessives, mais qui influencent inévitablement, et alarment le consommateur. Cela fait déjà pas mal de temps que les grandes enseignes internationales s’en sont rendues compte, et qu’elles utilisent le thème de l’écologie dans leurs communications. Voici quelques exemples d’importants acteurs du secteur qui ont décidé de suivre cette vague : - Le CIVC Champagne travaille depuis quelques années à la détermination du « bilan carbone » de toute la production du Champagne, et a déjà identifié quelques stratégies pour réduire son l’impact sur l’environnement (réduction du poids des bouteilles et limitation du transport aérien, …) ; - Le gouvernement britannique (WRAP) presse les distributeurs à limiter leurs importations de vins embouteillés, en privilégiant les vins en vrac ; - La WFA australienne (Association Fédérale des techniciens et des producteurs du Vin) estime le respect de l’environnement comme l’un des 5 points stratégiques à considérer ; - Le groupe Torres a annoncé un investissement de 10 M€ pour une plus grande utilisation des énergies renouvelables (cellules photovoltaïques, moyens hybrides…). Despagne, producteur Bordelais reconnu, a mis en marche un programme visant à faire de son entreprise vinicole une entreprise « zéro émission de carbone ». Les deux cas ont par ailleurs été largement cités par la presse spécialisée internationale. Dans des secteurs semblables : - La brasserie Adnams a reçu le prix « Carbon Trust » (financé par le gouvernement britannique) pour avoir réduit de 30% le poids de ses bouteilles, et pour avoir installé des panneaux solaires ainsi qu’un système de récupération des eaux pluviales sur ses toits ; - Coca Cola a réduit de 2 g (de 26 à 24g !) le poids de ses bouteilles PET ; - Nestlé, Coca Cola et SABMiller ont signé un compromis pour mieux gérer la consommation en eau dans leurs propres établissements. Peut-être que certains directeurs de ces grandes entreprises ont vu dans cette sensibilité environnementale leur « chemin de Damas », mais il semble clair que l’objectif de ces actions, à grands renforts de publicité, est de s’imposer dans l’esprit du consommateur comme étant « une entreprise respectueuse de la planète ». Si d’importants groupes internationaux se préoccupent autant d’être les premiers à « se coller cette étiquette », c’est parce qu’ils anticipent une croissance de cette sensibilité chez le consommateur, qui aujourd’hui tend à augmenter de manière exponentielle. Indépendamment du fait que le bouleversement climatique soit réel ou soit l’invention des chercheurs et politiciens, je pense que nous devrons nous adapter au consommateur. Celui auquel on a imposé de ne pas utiliser sa piscine en été, d’arroser son jardin seulement le soir, qui subit les black-out énergétiques ou qui ne peut pas se rendre en centre-ville parce que son véhicule ne correspond pas aux normes Euro 3, sera-t-il disposé à acheter une bouteille de vin dont le contenant pèsera presque plus que le contenu, sera produite avec une consommation d’eau à la cave pouvant atteindre les 2,5 litres par litre de vin, sera transportée dans des avions supersoniques d’un continent à l’autre, et sera issue de vignobles irrigués avec plus de 100 litres d’eau pour 1 litre de vin ? La question est rhétorique. Evidemment, l’on pourra alléguer que d’autres industries ou d’autres cultures consomment plus d’eau et plus d’énergie, mais de toute façon il sera trop tard. En conclusion, même si l’on n’est pas convaincu de la réalité des changements climatiques, il est indispensable d’y réfléchir. Avant de terminer, je reprends brièvement le sujet du danger de la variabilité mentionné dans mon précédent éditorial pour l’expliquer en l’illustrant d’un exemple. Cette année en Sicile, la production a chuté de 30% (soit 2 millions d’hectolitres !!) à cause d’une pluviosité anormale qui a permis le développement du mildiou. N’étant pas habitués à lutter contre cette maladie, et bien que les moyens de défense soient connus et pas excessivement coûteux, les viticulteurs se sont laissés surprendre, et dans certains cas ont perdu plus de la moitié de leur production. Personne en Sicile n’avait jusqu’ici pensé à organiser une formation sur les méthodes de défense face au mildiou. Un investissement minime – d’apparence inutile – qui aurait pourtant été bien profitable aux viticulteurs touchés.
Publié le 06/11/2007
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