Un modèle développé à l’Inra de Montpellier évalue l’aptitude d’une région à produire du raisin de qualité dans le futur en intégrant le changement climatique. Appliqué au Syrah, il conclut que pour obtenir des cultures de grande qualité à Montpellier dans 30 ans, il faudra les planter dans des zones où les nuits seront tempérées et où on pourra irriguer.
 
Aujourd’hui, on vendange entre deux et trois semaines plus tôt qu’il y a trente ans ! L’impact du changement climatique sur la vigne est déjà bien visible. Il affecte aussi la qualité du vin, son degré d’alcool et son acidité, et pourrait avoir à terme un impact sur le rendement, les cépages utilisés, les maladies et ravageurs.
 
Le modèle développé par l’Unité « Sciences pour l’œnologie » de Montpellier évalue le potentiel qualitatif d’une vigne en fonction du climat, du sol et du mode de conduite. Il aidera à savoir quoi planter, où et comment dans 30 ans. Il a été présenté lors de la 7ème Journée des sciences de la vigne et du vin le 30 avril 2015.
 
 Dans trente ans, Montpellier devient Palerme…
Le modèle présenté permet de simuler l’impact du changement climatique en jouant sur trois indices climatiques : de sécheresse, de Huglin (1) et de fraîcheur des nuits. Aujourd’hui, les indices climatiques moyens de Montpellier sont de : – 50 mm pour l’indice de sécheresse, 2336 pour l’indice de Huglin et 15,2  °C pour la fraîcheur des nuits. Dans 30 ans, ils pourraient respectivement passer à – 139 mm, 2528 et 19,3  °C, correspondant à ceux de Palerme aujourd’hui.
 
L’irrigation pour maintenir la qualité du vin
Si les indices climatiques de Montpellier sont appliqués à une vigne Syrah non-irriguée, conduite en lyre sur un sol limoneux et peu argileux, riche en nutriments et possédant une bonne profondeur utile, le modèle donne un potentiel qualitatif de 0,89 (note sur 1) alors qu’il n’est que de 0,11 pour la même plantation avec les indices climatiques de Palerme. Si l’on irrigue cette vigne, son potentiel qualitatif passe de 0,89 à 0,98 pour Montpellier et de 0,11 à 0,89 pour Palerme. L’irrigation apparaît donc comme un moyen d’améliorer sensiblement la qualité et de remédier au réchauffement futur.
 
Et des nuits fraîches…
Mais le potentiel qualitatif palermitain pourrait rejoindre le montpelliérain aujourd’hui si, en plus de l’irriguer, on plantait la vigne dans une zone où l’indice de fraîcheur des nuits est tempéré (entre 14 et 18  °C).
 
En résumé, d’après ce modèle, si on veut obtenir des cultures de Syrah de grande qualité à Montpellier dans 30 ans, il faudra donc les planter dans des zones où les nuits seront tempérées et où on pourra irriguer.
 
« Partant de ces prédictions, certains peuvent d’ores et déjà acheter des parcelles suspectées d’être qualitatives dans le futur. Une entreprise catalane l’a déjà fait ! » a expliqué Alain Carbonneau, ancien professeur de Montpellier SupAgro, lors de la présentation du 30 avril.
 
Le modèle de l’Inra sera disponible fin 2015. Il nécessite encore quelques ajustements mais sera bientôt applicable à tous les vignobles.